Je suis née à Combourg...




Je suis née à Combourg, dans le berceau du Romantisme.

J’aurais pu naître à Valenciennes dans le berceau de la dentelle, à Pau dans le berceau du bon roi Henry, ce qui aurait probablement changé le cours de ma vie. Mais bon, c’est le Romantisme qui a bercé mon histoire.


Vous connaissez Combourg ? Petite cité de caractère en sotte Bretagne et au milieu de rien, encerclée de champs de blé, d’orge de luzerne de pommes de terre et de seigle. Du reste, si vous vous trouvez dans l'un de ces nombreux champs, vous ne pouvez pas échapper aux trois repères de cette petite cité : les tours du château, le clocher de l'église, et en montant dans un arbre, le clocheton de la mairie. Pas question d'ignorer la République, elle fut à l'époque de mon enfance l'objet de lourds combats entre l'école de dieu et l'école du diable.

Combourg fait partie de ces bourgades que l’histoire a caressées par le hasard des alliances et des fortunes diverses. La rencontre des premières pierres du château qui date du XIII me siècle et de François René de Chateaubriand, enfant du XVIII me siècle, allait participer au développement du romantisme dans la littérature française.

François René de Chateaubriand a donc offert à Combourg ses lettres de noblesse.

Le temps a effacé le temps que chateaubriand a réellement passé dans cette ville pour ne garder que la force des récits que ce génie du romantisme a su développer à l'ombre des marronniers en fleurs du parc qui agrémentent ce château féodal.

Bon, alors, c'est quoi le romantisme ?

Pour le savoir, j'ai plusieurs moyens à ma disposition :

Le radio trottoir, le doctorat en littérature romantique, des enquêtes auprès des spécialistes, une lecture longue et solitaire après des recherches sur le Web, les diverses encyclopédies de tous poils, les nombreux ouvrages écrits à cet effet ou tout simplement le " que sais-je", ami de toujours.

Alors je choisis ce qui me semble le plus simple à faire et le plus rapide : une radioscopie du concept romantique auprès des différentes personnes qui fréquentent mon trottoir pour obtenir, en live, ce genre de réflexions :

- Être romantique, c'est se déchirer la tronche !

- Mais non, c'est être authentique, accepter qui on est et surtout ne pas se raconter de crack !

- La sensibilité ? L’imagination ? Le courage ? C’est un truc de nana ça ! Enfin y a peut-être des mecs aussi, je ne sais pas.

- Comment pourrais-je versifier le romantisme, voyons, voyons : Le passé décomposé, le présent détaillé et le futur inventé. Oui, c'est cela pour moi le romantisme très cher.

- Tu laisses grimper l'émotion tu vois, tu as le blues mon gars. Tu regardes la vie comme elle est et tu chantes ce que tu vois, tu vois ? Et puis tu découvres l'autre dans son intimité et tu le trouves beau même dans sa laideur tu vois ?

Putain c'est beau ça. Il faut que je le rajoute dans mon prochain spectacle.

- Mais c'est l'amour ma petite, que l'amour avec les rêves d'enfance, avec sa famille avec la nature, avec Dieu. Est-ce que tu crois en Dieu ?

- Écoute-moi camarade, le Romantisme, c'est avant toute chose la dissidence, le rejet des valeurs traditionnelles la révolte, la résistance voire même l'anticonformisme. C'est détonnant comme propos, je sais mais il faut savoir se faire entendre, tu comprends quels que soient les moyens que tu utilises pour y arriver.

- Après de longues réflexions sur ce sujet, je dirais que c'est la liberté d'expression, le début du journalisme mais attention, pas n'importe quoi comme journalisme, pas celui qui est vendu au grand capital. Pouvoir dire ce que vous pensez et pas ce que pense la personne qui vous paie. Non moi voyez-vous…

- Le romantisme pour moi, c'est quand je vois un film comme Titanic ou Pretty Wooman et que je deviens l'héroïne. Je ris, je pleure, je rêve, je vis par procuration et j'oublie ma triste existence.

- Moi, je dirais l'impermanence des choses, le refus des limites. Choisir son propre chemin et avancer dans la direction choisie. Ce n'est pas l'avis de mon mari, mais c'est mon combat.

- Un pavé dans la gueule de Racine madame. Une révolution contre la tyrannie littéraire classique. Du coup, n'importe qui peut écrire n'importe quoi et se faire éditer. Ce n’est pas le bonheur ça ?


On peut dire qu’il y a de la modernité dans l'explication de la chose. C'est de la pure matière dont on tresse les berceaux, mon berceau, ma vie.


Et cette vie, je la dois à un rapprochement franco-Polonais étonnant, mais…

La rencontre de mes parents : La légende

Quoi de plus romantique que la rencontre de mes parents.


Dans les années de disgrâce 1939/1945, dans un pays où régnaient la guerre et la haine, vivait une jeune et belle princesse polonaise qui était ouvrière agricole dans une brasserie de Lvov en Ukraine. Stanislawa Zerger habitait à cette époque dans un petit logement de cette brasserie qui servait de mur d'enceinte d'un camp de prisonniers de guerre. Le terrible camp Rawa-Ruska

Georges Lefoul, prisonnier de guerre, était un grand séducteur devant l'éternel. Il avait été mis à la porte du petit séminaire ou il devait faire ses études, pour avoir fait le mur et jouer avec les dames.

En grand séducteur, il avait repéré la belle princesse et lui envoyait un SOS patate.

- Oh ! Princesse que tu es jolie. Si ta bonté ressemble à ta beauté, cache-moi dans ton nid, et tu deviendras le phœnix de ma vie. Ma reine.

La princesse Stasia qui avait alors le cœur tendre et disponible, lui envoyait à son tour un "oui patate" et acceptait d'héberger et de cacher le beau prince charmant pendant près de deux ans et demi. Et pendant tout ce temps, il apprenait le polonais et Stasia le bonheur.

A la fin de la guerre, Stasia et Georges se mariaient à l'église Sainte Anne de Lvov, et le fruit de leurs entrailles était en gestation.

Le retour en France : la légende

Le moment de la libération approchait, et le rapatriement des prisonniers de guerre se préparait. Cependant, pour 100 prisonniers arrivés, il fallait prévoir 150 retours. Les prisonniers avaient tellement de patates, qu'ils en avaient envoyées à toutes les belles polonaises qui passaient devant eux. Certains d'entre eux étaient mariés, d'autres pas encore, certains avaient fait des promesses et avaient l'intention de les tenir, d'autres en avaient fait et les avaient oubliées très vite.

Il paraît que les promesses n'engagent que ceux qui les reçoivent - enfin bref, c'était une belle pagaille.

Les ordres étaient : « Seulement les prisonniers ». Alors les idées les plus folles avaient germé dans la tête des amoureux pour faire passer leurs belles en pays promis. Certaines d'entre elle se cachaient dans des grosses valises ou des malles en osier, d'autres comme Stasia se déguisaient en homme. Cheveux sacrifiés et ses seins aplatis par des bandages, elle passait le premier contrôle et se retrouvait dans le train en direction du jardin d'éden via Odessa. Le deuxième contrôle lui fut fatal. –"Seules passent les femmes mariées et celles qui sont enceintes, vous en êtes ?

Les deux mon capitaine, mais pas de papiers pour le prouver. Alors, que faire ? Retour à Lvov, chercher les preuves officielles de leur amour pour la reine et poursuite du voyage en solo vers la France pour Georges.

Le voyage d’Odessa vers Lvov était plutôt affligeant pour Stanislawa. En effet, l'accompagnaient des compatriotes de retour de France, qui arrivées là-bas étaient accueillies par la femme légitime ou de la fiancée et souvent ses enfants. D'autres fois, le château du beau prince se transformait en porcherie. Fortes de leurs expériences, de grandes idées philosophiques naissaient dans les trains de marchandises humaines qui roulaient vers Varsovie, du genre :

- Mieux vaut une petite porcherie polonaise à soi, qu'une grande porcherie française chez les autres.

- Tu vois ma petite, quand on trouve un crapaud et qu'on l'embrasse, il peut se transformer en prince charmant, mais quand on voit un prince charmant et qu'on l'embrasse, il se transforme en crapaud.

Stasia, digne et sereine en sa qualité de femme enceinte de trois mois du seul et vrai prince charmant ; ben oui on ne vit pas pendant 2 ans ½ avec un homme sans le « reconnaître », éprouvait une véritable compassion pour ses consœurs. Elle pensait qu'il fallait être bien naïve pour partir comme cela à l'aveuglette, sans certitude quant à l'avenir.

Pour elle, c'était différent, son Georges continuait son voyage pour être démobilisé, et il reviendra la chercher à Lvov comme promis. En attendant, elle irait voir le curé de l'église saint Anne pour obtenir une attestation de mariage, et puis elle traverserait la ville pour voir le médecin militaire qui officialisera son état de femme enceinte.

Un deuxième départ « officiel » vers la France est tenté et c'est ainsi que Stanislawa Zerger est arrivée en sotte Bretagne, dans le berceau du romantisme, accueillie à la gare de Rennes par Oncle Robert et Madame leur mère, Georges étant occupé à autre chose et ailleurs.

L’arrivée de Stasia en France : la réalité

Des bruits courent dans la famille qui raconte que le beau Georges, arrivé à Paris lors de sa démobilisation, était attendu par une amie à lui, une nommée Élisabeth. Celle-ci, apprenant l'histoire la plus Romantique de l'époque aurait été horrifiée d'apprendre qu'il n'avait pas l'intention de récupérer la belle princesse et son bébé resté en Pologne.

Ben pourquoi ?

Enfin Georges, elle t’a sauvé la vie, elle attend ton bébé, ce n’est pas rien !

- Ah bon ?


Et Georges, contraint et forcé est retourné chez sa mère.


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